Confessions d’une écolo: comment je suis devenue la personne qu’on évite en soirée
C’est arrivé sans prévenir. Un jour, vous achetez un savon solide. Le lendemain, vous vous retrouvez à faire un exposé sur le tractus gastro-intestinal du bœuf, qui sont à l’origine des émissions de GES produites au Canada.
Félicitations: vous êtes devenu «l’écolo de service». Celui ou celle qui fait fuir les gens (et pas en raison de votre tractus gastro-intestinal à vous).
Le jour où j’ai perdu mes amis (mais peut-être sauvé un arbre?)
Les gestes zéro déchet partent d'une intention noble, mais avouons-le: ça nous pousse parfois à des comportements... particuliers.
Le sermon au souper d’amis: Vous savez, ce moment où on vous demande de passer le sel, et que vous vous surprenez à monologuer sur les polluants "éternels" détectés dans les serviettes hygiéniques. On voit l'étincelle de vie quitter les yeux de ses interlocuteurs. On est barbant, et on le sent.
L'accident du compost: mal gérer le PH de son compost + période de canicule + soirée à la maison = ambiance de marde (et pour l’odeur, ce n’était pas tellement mieux non plus).
La guerre des pailles: J'ai déjà sorti ma paille en inox de mon sac avec un air tellement supérieur que j'ai failli m'éborgner avec. Tout ça pour boire un cocktail dans un gobelet en plastique... Cherchez l'erreur.
Minute papillon: et si on arrêtait de s'autoflageller?
On se met une pression de dingue pour ne pas produire un gramme de déchet, mais remettons les pendules à l'heure.
Le saviez-vous? Selon les rapports d'Oxfam et d'autres organismes, les 10% les plus riches de la population mondiale sont responsables de plus de 50% des émissions de gaz à effet de serre (GES). Alors, oui, votre brosse à dents en bambou est super, mais ça ne veut pas dire que la banquise va refroidir instantanément. Le poids du monde ne repose pas uniquement sur votre petit sac tote en coton bio, si adorable soit-il!
Parfois, mieux vaut consacrer ses efforts à l’action collective plutôt qu'à l'obsession individuelle: signer une pétition ou voter pour des lois vertes a plus d'impact que de passer quatre heures à fabriquer un liquide vaisselle qui ne lave rien.

Pour ne pas finir ermite dans une cabane en terre paille, voici quelques conseils pour rester écolo ET fréquentable:
La règle du 80/20: soyez irréprochable à 80% du temps, et lâchez-vous lousse les 20% restants. Si vous mourez d'envie d'un paquet de chips industrielles une fois par mois, mangez-les. La culpabilité pollue plus que le sachet (métaphoriquement, on s’entend).
Donner l’exemple: c’est beaucoup plus vendeur de dire: «Regarde mon sac bio avec un écureuil trop mignon» que de dire «Le plastique tue les tortues, Jean-Pierre».
Offrez du «prêt-à-vivre»: au lieu d'expliquer pourquoi le vrac c'est bien, offrez à votre tante Ginette un kit de démarrage (un superbe fourre-tout, un joli gobelet réutilisable). C'est doux, c'est beau, et ça ne braque personne.
Le zéro déchet, ce n'est pas être parfait. C’est essayer, échouer, en rire, et recommencer. Alors, soyez des écolos imparfaits, joyeux et un peu fous. C'est comme ça qu'on donne envie aux autres de nous rejoindre.